D’infirmières libérales à assistantes médicales, la Réforme de la Santé - Albus, l'appli des infirmiers

D’infirmières libérales à assistantes médicales, la Réforme de la Santé

On l’annonçait comme une vaste Réforme du système de santé en France. Le mardi 18 septembre, Emmanuel Macron, Président de la République, a détaillé les 54 mesures prises pour transformer un système à bout de souffle. Les infirmières libérales notamment sont frustrées et déçues de ne pas avoir été entendues. Pire, une mesure concentre la colère de la profession : la création d’un nouveau métier, celui d’assistant médical.

La Réforme du Système de santé, un plan aussi ambitieux que cela

Depuis des semaines, le Palais de l’Elysée comme le Ministère de la Santé expliquait que le projet de Réforme de la Santé Publique en France serait novateur et ambitieux. Cette promesse permettait même aux autorités publiques de retarder certaines décisions et de s’adonner à une certaine passivité. Les infirmières et infirmiers libéraux sont bien placés pour le savoir, puisque cette période a laissé s’installer un grand flou quant à l’avenir des négociations conventionnelles de la profession avec l’Assurance Maladie. Ce mardi 18 septembre, le président de la République, Emmanuel Macron, a donc levé le voile sur cette Réforme, qui a été élaborée dans le plus grand secret depuis des semaines.

Le Président a dressé un état de la santé publique en France et a présenté cette réforme comme devant permettre de réformer le système pour les 4 ou 5 prochaines décennies. Pour parvenir à cet objectif, Monsieur Macron a détaillé les 54 mesures inscrites à l’ordre du jour. Si certaines ont le mérite de trancher avec un attentisme trop souvent décrié, d’autres apparaissent comme moins consensuelles. Dans tous les cas, la profession infirmière, dans son ensemble, s’estime oubliée par cette grande Réforme de la Santé, que le président de la République a introduit par une affirmation claire : « Cela ne se fera pas en un jour, mais nous devons restructurer notre organisation pour les 50 années à venir. »

Des mesures emblématiques pour garantir l’avenir de la Santé Publique en France

Parmi ces 54 mesures, certaines répondent à des débats initiés depuis plusieurs semaines, voire pour certains depuis plusieurs années. Une des décisions, les plus médiatisées, correspond à la suppression du numerus clausus pour les études de médecine. La mesure est symbolique pour lutter contre les déserts médicaux, puisqu’il faudra attendre la prochaine décennie pour en mesure l’efficacité. Cela a néanmoins permis de préciser qu’une vaste refonte du premier cycle des études de santé devrait être opérationnelle dès la rentrée de 2020. Elle devrait multiplier les passerelles entre les différents cursus. En revanche, cette suppression du numerus clausus répond à une demande déjà ancienne des médecins de France.

La Réforme a également entériné les grandes lignes de la loi Touraine de 2016 pour l’hôpital, avec la poursuite de l’expérimentation au parcours de soins notamment. Le Président a aussi affirmé qu’entre 500 et 600 hôpitaux devraient être labellisés « Hôpitaux de proximité » d’ici à 2020. Ces derniers se spécialiseront donc sur la médecine polyvalente, les soins de suite et de réadaptation, sans service d’urgences ni de maternité. Dans cette optique, les « urgences de ville » seront généralisées et elles relèveront de la responsabilité des communautés professionnelles territoriales de santé (CPTS). D’autres missions sont confiées à ces CPTS, qui devront néanmoins déployer beaucoup d’efforts pour garantir une prise en charge de ces « urgences de ville » de 8h00 à 20h00 chaque jour, même si Monsieur Macron espère bien étendre l’amplitude horaire (« (…) ce serait formidable si on pouvait trouver un accord jusqu’à 22 heures »). Ces « urgences de ville » doivent couvrir l’ensemble du territoire d’ici le 1er janvier 2021.

Même si ces mesures sont ambitieuses, on comprend que le délai de mise en œuvre peut apparaitre long aux yeux des patients d’une part mais aussi des professionnels de santé d’autre part. C’est pourquoi, pour répondre à l’urgence soulevée par la problématique des déserts médicaux, le président de la République a annoncé le déploiement de 400 médecins salariés (des hôpitaux) dans les secteurs les plus touchés. « Je fais le pari que cette mesure sera attractive » a déclaré le Chef de l’Etat, qui a donné deux mois au Ministère de la Santé pour mener les négociations et prendre les mesures qui s’imposent.

 

Les infirmières libérales et la Réforme du système de santé

Au cours de son discours, le président de la République a rendu hommage à la profession infirmière et souligné les efforts, qui avaient déjà été fait au profit de ces professionnelles de santé. « Des décisions seront prises pour valoriser et rémunérer de nouvelles pratiques dites “avancées” pour les infirmières, maillon essentiel de nos équipes soignantes. Cette forme moderne d’exercice permettant à des professionnels paramédicaux de se voir reconnaître des compétences relevant réglementairement des médecins, souhaitée depuis plus de dix ans, est enfin possible. »

Cependant c’est une autre mesure phare de cette Réforme du Système de Santé, qui a le plus heurté les infirmières et infirmiers libéraux notamment, mais aussi bien d’autres professionnels de santé. En effet, il a été annoncé que 4.000 postes d’assistants médicaux seront créés d’ici 2022. Si Agnès Buzyn, Ministre de la Santé, a expliqué les missions de cette nouvelle profession, à la fois administrative et soignante ( Accueil des patients, Recueil de données, Vérification des vaccinations, Gestion des dossiers, …) , le profil de l’assistant médical reste encre à définir. S’agira-t-il d’un(e) aide-soignant(e), d’un(e) infirmier(e), un(e) secrétaire médical(e), … Monsieur Macron a expliqué que l’Etat financera partiellement ces nouveaux emplois, avec l’objectif, qu’à terme, le médecin puisse se substituer à ce soutien financier (L’Elysée a estimé le coût d’un tel poste entre 40 et 50.000 € par an). L’objectif est de dégager du « temps médical » pour les médecins. Nicolas Revel, directeur de la Caisse Nationale de l’Assurance Maladie, n’a pas clarifié la situation en expliquant : « Il va falloir définir dans un dialogue avec les professionnels ce que sera le périmètre des missions exercées par ces assistants, qui pourront avoir un profil soignant mais aussi être capables d’assurer un certain nombre de tâches administratives ».

Assistant médical, une nouvelle menace pour les infirmières libérales

Les infirmières et infirmiers libéraux ne comprennent pas cette mesure, alors que rien n’a été annoncé pour améliorer leur condition de travail. L’Ordre National des Infirmiers a regretté cette décision en dénonçant un « un grave retour en arrière vers une médecine d’un temps révolu, celle d’une époque où les épouses des médecins travaillaient gratuitement au cabinet ». L’ONI estime même que cette création de 4000 postes d’assistants médicaux sera inutile quant à la lutte contre les déserts médicaux. Les syndicats des infirmières libérales condamnent cette mesure, qui ne sert pas à revaloriser une profession, qui en a bien besoin. Philippe Tisserand, président de la Fédération nationale des Infirmiers (FNI) regrette que Monsieur Macron ne connaisse pas le quotidien d’une infirmière libérale : «(…) il faudrait que le président de la République prenne conscience qu’une journée d’infirmière libérale commence à 6 h du matin, contrairement à une journée de médecin généraliste, se termine à 22 h le soir et que nos cabinets sont ouverts sept jours sur sept. »

Les infirmières et infirmiers libéraux se sentent donc comme les grands oubliés de la Réforme de Santé, estimant qu’une fois encore, ils ont été sacrifiés sur l’autel de la satisfaction des médecins. Ils n’ignorent pas pour autant les déceptions ressenties par leurs confrères et consœurs du milieu hospitalier. Les revendications de ces dernières semaines ne trouvent, dans ce projet, aucune réponse, et ils peuvent le regretter. Un regret d’autant plus amère, qu’à en croire le Président de la République, la question n’est même pas financière : « Notre système de santé n’est pas sous-financé mais il est mal organisé ». Il ne resterait donc plus qu’à organiser le métier d’infirmière libérale. Mais n’était-ce pas ce qui était annoncé avec cette vaste Réforme du Système de Santé ?

Et vous, comment jugez-vous cette réforme du système de santé en France ? Estimez-vous que la déception des infirmières et infirmiers libéraux est légitime ? Et quel est votre avis sur ce nouveau métier d’assistant médical ?

 

 

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