Les infirmières libérales désunies en quête d’une voix unique - Albus, l'appli des infirmiers

Les infirmières libérales désunies en quête d’une voix unique

 

Les premières semaines de 2022 devraient initier de nombreux débats autour de la santé en France. C’est maintenant, que les infirmières et infirmiers libéraux devraient se réunir pour pouvoir faire entendre leurs revendications. Et pourtant, les IDEL(s) ne semble pas prêts à parler d’une voix unique. Une désunion, qui pourrait expliquer le manque de crédit, dont ils se plaignent.

 

Les infirmières libérales peinent à faire entendre leurs revendications

 

Régulièrement, on se fait écho des revendications portées par les infirmières et infirmiers libéraux. Qu‘il s’agisse de revendications économiques ou d’une demande insistante et ancienne d’une plus grande reconnaissance, force est de constater que bien souvent ces demandes ne sont pas entendues. En tout cas, dans bien des situations, elles ne sont pas satisfaites, aggravant un peu plus le sentiment de « mépris » et d’injustice ressenti par une partie de la profession. On s’est déjà interrogé sur les raisons de cette incapacité à peser sur les décisions des autorités sanitaires. Parfois, la féminisation de la profession est avancée comme un argument explicatif (en 2020, les femmes représentaient 86.6 % de la profession), quand d’autres préfèrent justifier cet état de fait par le rapport de force inégal entre les IDEL(s) d’un côté et les médecins de l’autre.

Dernièrement, alors que la condamnation des infirmières libérales s’est fait entendre (sans conséquence) au sujet de la proposition de vaccination Covid-19 à domicile des pharmaciens et pharmaciennes, le lobbying des géants de la distribution a réussi, discrètement, à convaincre les autorités publiques. Désormais les autotests de dépistage du Covid-19 pourront être vendus en hypermarchés alors même que la profession des pharmaciens n’arrivait pas, elle non-plus, à faire entendre ses positions. Comme quoi, peser sur les décisions prises reste possible, à condition d’y être préparé.

Bien qu’il soit difficile de connaître les raisons précises de ce manque de reconnaissance de la profession, il faut bien avouer que cela pose questions surtout au début d’une campagne électorale. Les élections présidentielles de 2022 devraient voir s’intensifier les débats autour de la santé, et c’est maintenant que les infirmières et infirmiers libéraux ont besoin de se faire entendre pour pouvoir influer sur les prochaines décisions, qui détermineront les orientations pour les prochaines années.

 

Manque de poids ou absence d’unité ? Pourquoi les IDEL(s) se retrouvent impuissantes ?

 

La profession infirmière constitue la première population des professionnels de santé en France. Certes, les infirmières hospitalières constituent l’essentiel de ces professionnelles mais quand même. Selon les données de la DREES, on comptait donc, au 1er janvier 2020, 744307 infirmières et infirmiers en France, et les IDEL(s) étaient au nombre de 131.575. Outre le nombre, le maillage territorial des infirmières libérales constitue un autre argument de poids, à un moment où l’une des priorités des assurances sanitaires consiste à renforcer l’égalité de l’accès aux soins sur l’ensemble du territoire. En d’autres termes, la profession infirmière en général et les infirmières et infirmiers libéraux en particulier disposent d’atouts incontestables pour se faire entendre. Et pourtant, leurs demandes sont le plus souvent écartées quand elles ne sont pas purement et simplement ignorées. Au-delà des considérations évoquées ci-dessus, ce manque de considération peut aussi résulter de deux autres facteurs :

  • Le manque de poids hérité d’une grande diversité des profils des IDEL(s)
  • Le manque d’unité de la profession quand il s’agit de faire avancer les dossiers importants.

 

L’hétérogénéité des IDEL(s), un frein à la prise en compte des revendications ?

 

Par nature, la situation de chaque infirmière libérale est unique et spécifique. Contrairement à leurs consœurs hospitalières, elles ne sont pas soumises à un cadre de travail identique sur tout le territoire. Le quotidien d’une infirmière libérale en métropole ne peut pas être comparé à celui d’un infirmier libéral exerçant en milieu rural. Et que dire des différences pouvant exister entre l’activité de celle qui vient de s’installer en tant qu’infirmière libérale et sa consœur, exerçant depuis plusieurs décennies ? L’exercice mixte, l’installation en cabinet infirmier, le choix d’un exercice en maison de santé pluriprofessionnelle, … Voilà donc autant de raisons justifiant de différences bien réelles au quotidien. Aussi quand il s’agit de porter une demande particulière, tous les infirmiers libéraux de France ne partagent pas le même jugement et ne considèrent pas forcément cette demande comme étant la priorité du moment.

On pourrait donc croire, au premier abord, que cette hétérogénéité de la profession pourrait représenter un obstacle à aller au bout des dossiers, à imposer son point de vue. Pourtant, ne peut-on pas caractériser de la même manière le corps des médecins généralistes ou encore celui des pharmaciens ou des masseurs kinésithérapeutes ? Pourtant ces derniers arrivent fréquemment à peser sur les négociations et à faire entendre leurs voix. C’est donc ailleurs qu’il faut chercher si on veut identifier la raison de cette incapacité. Et cette hétérogénéité introduit la raison majeure de cette situation, qui n’est en rien inextricable.

 

Le manque d’unité, un constat nuisible à la reconnaissance de l’infirmière libérale

 

Les infirmières et infirmiers libéraux ont beau être plus de 130.000 en France, il est exceptionnel et rarissime quand ils arrivent à parler d’une seule voix. Parfois de nombreux messages, parfois contradictoires, sont lancés en même temps aux autorités sanitaires, qui peuvent alors profiter de ces divisions pour passer outre les revendications des IDEL(s). Comment expliquer un tel manque d’unité alors que la profession s’est structurée depuis bien longtemps ?

D’un côté, l’Ordre national des Infirmiers (ONI) a pendant des années joui d’une « très mauvaise réputation » auprès des infirmières et infirmiers libéraux. Bien que la situation s’améliore doucement, une partie des IDEL(s) ne considère pas l’ONI comme étant capable de les représenter, quand d’autres jugent cet ordre professionnel encore plus sévèrement, estimant qu’il ne sert qu’à « encaisser des cotisations ». Sans chercher à condamner ni à défendre l’ordre national des infirmiers, on ne peut que déplorer que cette relation difficile ONI – IDEL constitue un obstacle difficilement surmontable quand il s’agit de défendre les positions et les attentes des infirmières libérales.

La représentation des infirmières et infirmiers libéraux doit donc trouver d’autres formes, et c’est à la forme syndicale que l’on pense immédiatement. Lorsque les autorités publiques doivent négocier avec l’une ou l’autre des professions de santé, c’est tout naturellement vers ces organisations syndicales qu’elles se tournent. Et concernant les infirmières et infirmiers libéraux, le moins que l’on puisse dire est que l’unité ne fait pas partie de l’ADN de ces organisations. Et à l’aube de cette année présidentielle, une nouvelle division vient donc ajouter de la confusion à la confusion.

Aujourd’hui, le ministère de la santé peut compter sur 3 représentants de la profession : La Fédération Nationale de Infirmiers (FNI), le Syndicat National des infirmières et infirmiers libéraux (SNIIL) et Convergence Infirmière (CI). Deux autres organisations (Organisation nationale des infirmiers libéraux (ONSIL) et Infinidels) ne sont pas jugées représentatives par les autorités publiques. Naturellement, ces 5 organisations constituent déjà une brèche importante dans l’unité de la profession.

6 Organisations syndicales pour parler d’une voix unique ?

Et désormais un 6ème acteur vient de voir le jour. Après une scission avec la FNI dans le Nord, le Syndicat autonome des infirmières et infirmiers libéraux (SAIIL) a donc annoncé, à la mi-octobre, ses ambitions nationales. Il est sain que la pluralité d’opinions puisse s’exprimer notamment au sein de la profession, mais ce nouveau syndicat renforce le sentiment de désunion. Ainsi, quand Caroline Dewas, la première présidente du SAIIL, dénonce le « manque de vision prospective pour la profession » dont font part les autres organisations syndicales, elle lance alors un combat de … communication, qui éloigne toutes les organisations de leur objectif premier : porter la voix des infirmières et infirmiers libéraux. Et la guerre est bel et bien lancée pourtant, puisque le SAIIL espère être déclaré représentatif de la profession à l’issue des prochaines élections professionnelles : « Nous avons cinq ans pour nous faire connaître » affirmait ainsi Mme Dewas. Alors que c’est bien dans quelques jours, que les IDEL(s) devront réussir à imposer leur point de vue aux candidats à l’élection présidentielle. Une différence de calendrier qui peut expliquer bien des choses ….

 

 

Selon vous, pourquoi les infirmières libérales ne parviennent pas à se faire entendre au niveau national ? Pensez-vous que la multiplication des organisations syndicales aggrave la situation ? Quelle serait selon vous la meilleure décision à prendre pour faire avancer la reconnaissance des infirmières et infirmiers libéraux ?

 

 

 

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