En 2012, quinze millions de français sont touchés par l’hypertension artérielle, ils sont onze millions à suivre un traitement hypertenseur. Or, une récente étude du British Journal of General Practice démontre que certains hypertendus diagnostiqués comme tels ne le seraient pas en réalité : le fameux « effet blouse blanche ». Ces résultats mettent aussi en lumière le rôle capital que les infirmiers libéraux ont quant à la justesse du diagnostic établi. Une reconnaissance qui fait plaisir, non ?

La mesure de la pression artérielle : un baromètre à pression variable

L’hypertension est devenue une des maladies chroniques les plus répandues de notre siècle. Si elle se diagnostique aujourd’hui facilement par des mesures régulières chez le médecin traitant, elle varie beaucoup selon l’état dans lequel se trouve le patient au moment des mesures de pression systolique.

En réalité c’est justement cette variabilité de la tension artérielle qui pose problème dans son diagnostic et, par voie de fait, dans l’utilité d’un traitement. Un patient peut s’avérer au-dessus de la normale chez son médecin puis chez lui avoir une tension tout à fait moyenne : le phénomène bien connu des soignants de l’effet « blouse blanche » où la peur et l’angoisse du médecin sont telles que la pression artérielle augmente artificiellement. A l’inverse on peut aussi rencontrer des patients qui présenteront une tension normale en cabinet mais anormalement élevée à leur domicile : une hypertension masquée.

Qu’elle que soit sa forme, une hypertension soignée inutilement ou une hypertension larvée, est dans un sens comme dans l’autre un danger immédiat pour le patient. Rappelons qu’elles sont les causes directes ou indirectes de 120 000 infarctus du myocarde et 130 000 accidents vasculaires cérébraux (AVC) par an et qu’un traitement inutile peut avoir aussi des effets secondaires dramatiques. Il est donc nécessaire d’effectuer une bonne mesure de cette pression artérielle afin d’adapter le meilleur traitement qu’il soit au patient concerné. A priori, selon les études américaines récentes, il semblerait que les infirmiers libéraux soient les mieux placés pour les effectuer.

Comment effectuer un diagnostic valable de l’hypertendu ?

Tout d’abord, si l’on s’en réfère aux recommandations de la SFHTA  (Société française d’hypertension artérielle) ce même document étant mis en lien sur le site Ameli.fr, il apparaît dans le carnet de bord de l’hypertendu comme premier conseil de « faire confirmer son diagnostic en dehors du cabinet médical ». En effet il était devenu une évidence que ces différences notables de résultats devaient être prises en compte dans la pertinence d’un traitement. Ainsi, le Pr. Claire Mounier-Vehier, cardiologue au CHRU de Lille affirme que « On parle de réaction d’alarme lorsque, avant 80 ans, un patient affiche une pression artérielle supérieure à 140/90 mm de mercure en consultation, mais inférieure à 135/85 quand elle est mesurée à domicile. […] ».

L’étude américaine du British Journal of General Practice ne fait donc que conforter cette évaluation double relativement récente mais y ajoute une nuance importante, ou plutôt une certaine reconnaissance. Elle confirme que les résultats de la pression systolique peuvent varier jusqu’à 7 mm de mercure pour la pression maximum de la contraction cardiaque et de 4 mm pour la pression minimale du relâchement cardiaque entre deux évaluations : une effectuée par un médecin et une autre effectuée par une infirmière. Résultats qui laissent bien sûr sous-entendre que certains patients seraient soignés pour une hypertension qu’ils n’auraient pas au quotidien : l’Assurance Maladie estime que l’effet blouse blanche serait responsable d’un tiers des diagnostics d’hypertension en France.

Ainsi, une étude sérieuse et minutieuse menée sur plus de 1.000 patients dans plus de 10 pays différents  là où beaucoup d’autres auraient été trop approximatives, affirme aujourd’hui clairement le rôle primordial de l’infirmier libéral et de son lien de confiance avec le patient face au diagnostic d’une maladie chronique et pernicieuse. Toutefois l’auteur de cette étude, le Dr Christopher Clark, rappelle que le but n’est pas de diviser les camps et les champs d’action médicaux, les médecins doivent continuer à prendre ces mesures en consultation, mais quand il s’agit d’établir un traitement  il est nécessaire d’allier ses données systoliques à celles du référent ambulatoire le plus proche afin d’obtenir le diagnostic le plus juste dans l’intérêt du patient.

Que pensez-vous des résultats de cette étude américaine, cela vous semble-t-il surprenant ou contraire plutôt logique ? Avez-vous déjà été témoin dans vos carrières d’IDELS de ce type de réaction « blouse blanche » ? Pour lutter contre ce phénomène, certains organismes souhaitent développer des systèmes d’auto mesure à domicile, cela vous semble-t-il une bonne idée ?