Nous souhaiterions ne plus avoir à écrire ces lignes, pourtant des IDELs sont encore et toujours victimes de la violence dans leur travail quotidien. Une des vôtres a perdu la vie le 21 juillet dernier à Strasbourg. Quelques jours après, une autre IDEL se faisait agresser à Toulouse puis encore une autre de vos consœurs à Montpellier. Nous souhaitons adresser toutes nos condoléances à cette famille endeuillée ainsi que tout notre soutien à ces femmes qui souffrent. Notre chagrin n’effacera pas notre indignation face à des actes d’une telle ignominie. Alors dénonçons cette insécurité latente et grandissante, messieurs et mesdames les infirmiers libéraux, parlons-en, révoltons-nous, ensemble !

L’assassinat de l’IDEL de Strasbourg et les violences de ce mois de juillet 2014

Le 20 juillet 2014, alors qu’elle effectuait sa tournée habituelle de patients dans un foyer d’insertion par le logement, une infirmière libérale a été tuée de deux balles par l’un de ses patients septuagénaire armé d’un fusil de chasse. Les raisons de ce drame ? Le patient se disait amoureux fou de l’infirmière et n’aurait pas supporté qu’elle s’intéresse, selon lui, à un autre. Le journal local, L’Alsace, ajoute : « Il a vu l’infirmière parler à un autre résident samedi soir. Il a ruminé toute la nuit et a décidé de la tuer avec son arme. » Apparemment le pensionnaire semblait sans histoire selon le directeur de l’établissement. « Nous n’avions pas eu de signalement particulier sur le comportement de ce septuagénaire. […] Il était régulièrement suivi par l’infirmière pour une maladie chronique. […] C’est un drame horrible qui touche les autres résidents. ». Un drame tant incompréhensible qu’effroyable, n’aurait-il pas pu être évité ? Toutes nos pensées vont bien évidemment à la famille de cette infirmière. Quelques jours plus tard, le 24 juillet c’est une infirmière toulousaine qui devient la victime d’une bande de délinquants. « Elle a été rouée de coups pendant de longues minutes par un groupe d’individus cagoulés dans le quartier des Izards à Toulouse », ils en voulaient à son scooter. Une agression en pleine rue, dans l’indifférence générale des passants… Elle n’a pu se débarrasser de ses agresseurs que grâce à l’aide de deux animatrices du centre social voisin. Elle disait aller depuis quelques temps dans ce quartier sensible de Toulouse à reculons, aujourd’hui elle a peur : « Pour elle si ça continue comme ça, les infirmières ne voudront plus aller dans ce quartier. Frédérique a aujourd’hui le sentiment amer de risquer sa vie en portant soin à des patients. ». Le 28 juillet 2014, la série noire touchant les infirmiers libéraux continue. C’est une IDEL de 60 ans qui se fait violemment attaquer pour se faire voler sa voiture et son sac à main. Elle témoigne : « Je suis en état de choc extrême, et je vais partir avec la peur au ventre pour travailler. ». Pourtant sans voiture et malgré son arrêt de travail, il est pour elle hors de question de ne pas soigner SES patients. Malgré ces différents drames, aucun signe du gouvernement. Un silence consternant que reproche la plupart des collègues infirmiers libéraux se sentant démunis et décidément trop seuls…

La violence et l’insécurité sont-elles devenues le quotidien des infirmiers libéraux ?

L’ONI, dans un communiqué du 25 juillet 2014, s’indigne : « Ni la ministre de la Santé, ni aucun autre membre du Gouvernement ne s’est ému de l’assassinat de notre consœur strasbourgeoise. Assassiner ou tabasser une infirmière serait donc un acte banal ? La vie d’une infirmière aurait-elle moins de valeur que celle d’un autre de nos concitoyens ? ». Le SNIIL quant à lui dénonce dans son communiqué du 22 juillet, une indifférence de l’État face à ce type de drame. « Cependant, en cas d’agression, le soutien qu’ils reçoivent [les infirmiers, NDLR] de leurs autorités de tutelle ou des médias n’est jamais à la hauteur de ce qui s’exprime lorsque la violence touche un fonctionnaire de police, un médecin, un enseignant ou un cheminot. ». Le fait est que, selon une enquête dont nous faisions paraître les résultats dans un précédent article « Infirmiers face aux agressions et le libérales ? », ce sentiment de danger imminent dans l’exercice de vos fonctions n’a malheureusement rien de récent. En effet vous étiez en 2013, selon une enquête de l’ONI, 81 % à « être préoccupés par la violence dans l’exercice quotidien de [votre] métier ». Ce qui s’explique bien sûr par votre proximité immédiate avec des patients parfois dangereux, vos déplacements à des heures tardives ou très matinales et surtout, l’apparence d’être des proies faciles étant une profession constituée en majorité de femmes avec des trajets si réguliers qu’ils peuvent être facilement repérables. La FNI ajoute le 28 juillet : « Il est temps que les autorités reconnaissent enfin le rôle singulier des infirmières libérales qui assurent des prises en charge 24h/24h et 7j/7j, week-ends et jours fériés compris, et se rendent seules au domicile des patients sans distinction de personnes, partout sur le territoire français et sans dépassements d’honoraires. ». Alors, à l’heure de vouloir promouvoir la profession infirmière dans des champs de compétences plus variés et importants, ne semble-t-il pas primordial d’en assurer la sécurité d’exercer ? Pour ne plus jamais à avoir à déplorer de nouvelles victimes… Et vous, avez-vous déjà été victime d’une agression dans le cadre de votre profession d’infirmier libéral ? De quelle façon avez-vous réagi ? Trouvez-vous normal que des solutions n’aient pas pu être trouvées pour vous éviter ce climat d’insécurité ?