La journée internationale du câlin le 21 janvier vous a fait sourire, touché peut-être ? Le sens du toucher mis en avant dans le terme de câliner s’oublie peu à peu. La distance s’installe et les contacts se font plus rares. Pourtant dans votre métier d’infirmier libéral, c’est un sens indispensable à la communication, au bien-être de vos patients âgés ou en perte d’autonomie, ainsi qu’au vôtre. Le « câlin », s’appellera dans le milieu médical toucher relationnel ou techniques psychocorporelles, l’effet immédiat sera toujours le même : un sourire, une trêve dans la maladie.

La pratique des techniques psychocorporelles par les infirmiers libéraux

Si les populations soignées par les infirmiers libéraux sont de plus en plus dépendantes et de plus en plus âgées, la difficulté émotionnelle, temporelle et technique de l’apport de la communication non verbale est mise à rude épreuve.

Prenons l’exemple de la toilette, un acte infirmier pur qui peut représenter 70 % des actes effectués en exercice libéral. Cet « exercice », pour les étudiants il s’agit encore plus d’un exercice, requiert technicité, temps, gestion des outils et un savoir-faire précis dans la manipulation du corps du patient en fonction de sa pathologie. Mais il est évident que, par la toilette, l’acte d’hygiène le plus indispensable qu’il soit, le patient ne fait pas qu’être propre, il n’est plus seulement un malade mais il redevient un « humain », à part entière. Cet acte qu’un IDEL ou qu’un IDE pourra effectuer des dizaines de fois dans la journée aura pour chacun de ses patients une signification particulière dans son rapport avec sa maladie, son autonomie et avec son corps qu’il le « lâche » si souvent mais qui pourtant existe encore.

« Bien sûr une toilette c’est répondre à un besoin fondamental d’hygiène. Mais être propre c’est aussi se plaire à soi-même et conserver sa dignité humaine, c’est rester aux yeux de son entourage une personne à part entière. […] C’est également un moment de communication privilégié qui peut permettre au patient de ne pas sombrer dans un syndrome d’immobilisme. La communication non-verbale, et notamment le toucher, est d’autant plus importante lorsque le dialogue n’est plus possible ». Nicole Gire, infirmière à Bordeaux, La toilette, un acte majeur du personnel soignant : un acte à revaloriser.

Avec un patient atteint d’une maladie d’Alzheimer, en perte d’autonomie par son âge ou par une maladie, ou bien encore en service d’oncologie ou de soins palliatifs, le toucher prendra d’autant plus d’importance qu’il demeure un des sens les plus éveillés même pour une personne qui ne communique plus verbalement. Le toucher relationnel prend toute sa place dans une démarche qualitative de soins infirmiers, toutefois malgré toutes les initiatives mises en œuvre pour l’intégrer en tant que technique de communication il est parfois complexe de lever certains tabous de pudeur, de peur ou de détachement…

Les bénéfices réels de la pratique du toucher relationnel dans le lien soignant/soigné

La pratique du toucher relationnel ne s’arrête pas aux soins d’hygiène tels que la toilette mais se développe aussi dans une méthodologie plus générale de lutte contre la douleur tout comme d’autres pratiques telles la distraction, l’usage du chaud et du froid, un lieu calme et apaisant…

L’infirmier libéral par sa pratique au soin du domicile de son malade, ce qui facilite le confort comme l’apaisement, peut donc faire usage de ce mode de communication sans parole qu’est le toucher. Bien plus qu’un soin technique, il facilitera tous les soins à apporter en créant par sa proximité un climat de confiance et de bien-être valable pour le malade comme pour l’IDELs.

Ainsi le Docteur François Bonnevay, gériatre chef de service de l’unité spécifique Alzheimer de Marmande-Tonneins (France) a été auditionné à l’Assemblée nationale le 19 janvier 2006 : « On a ainsi constaté l’absence de grabatisation, sauf en toute fin de vie ; l’absence de perte de poids ; le ralentissement des processus infectieux, ce qui, incidemment, réduit les dépenses de soins médicaux ; l’absence totale de transfert en services d’hospitalisation de longue durée – aucune en quatre ans, pour 25 lits – ; une seule fracture pour quelque 300 chutes… Tels sont les constats, qui s’expliquent par l’application des techniques spécifiques de prise en charge décrites par M. Yves Gineste et sa femme, Mme Rosette Marescotti dans leur livre Humanitude, méthodologie qui fait disparaître une grande partie des troubles psycho-comportementaux ». De plus, le rapport de l’Assemblée nationale précisera que cette unité montre aussi un très faible rapport d’absentéisme du personnel, ce qui démontre que le bien-être est valable pour tous !

Enfin si la toilette ou les actes quotidiens auprès d’un patient dément ou grabataire peuvent se transformer rapidement en rapport de forces, il est grand temps de pouvoir apporter la paix et le plaisir de travailler à des soignants parfois très éprouvés par l’agressivité ou le refus d’obtempérer de leurs patients. Ainsi les principales méthodes utilisées par les soignants à domicile, efficaces et utilisables en peu de temps, seront celles du travail autour de la respiration (prise de conscience de sa nécessité afin de gérer l’angoisse, l’anxiété avant un soin par exemple), le massage (pour dissiper les douleurs, reprendre conscience de son schéma corporel) et les massages abdominaux dans le cadre de pathologies intestinales ou d’appareillage.

Sachez que certaines formations en pratique psychocorporelles peuvent intervenir dans le cadre du DPC, alors si vous n’osez pas encore franchir le pas de cette nouvelle façon de communiquer, pourquoi ne pas profiter d’une formation pour disperser toujours un peu plus de douceur et de bien-être à vos patients ?

Et vous, infirmières et infirmiers libéraux, que pensez-vous de cette approche par le toucher du patient ? Est-ce que vous utilisez ce type de techniques de relaxation pour pratiquer vos soins au quotidien ? Si oui, avez-vous vu les bénéfices de ces pratiques améliorer votre rapport aux patients, comme leurs rapports à la maladie ? Si vous n’avez pas encore osé appliquer ce type de toucher relationnel, expliquez-nous quels sont vos principaux freins à cette pratique ?