Comme chaque année, l’Automne marque le début de la campagne de vaccination contre la grippe, mais cette année, les infirmières libérales se retrouvent confrontées à une expérimentation de la vaccination par les pharmaciens, expérimentation ayant lieu en région Nouvelle Aquitaine et Auvergne Rhône Alpes. 

La vaccination antigrippale, une opposition entre pharmaciens et infirmières libérales ? 

Alors que la question faisait débat depuis de longs mois et même plus, la vaccination antigrippale par les pharmaciens a été autorisée à expérimentation par un décret du 11 mai dernier. Contestée par certaines professions de santé, dont une partie des infirmières et infirmiers libéraux, cette expérimentation a été âprement défendue par les pharmaciens. Ces derniers soutiennent que l’arrivée d’un nouvel acteur garantit de toucher de nouvelles personnes, celles qui ne vont ni chez le médecin ni chez les infirmiers. Mais même si les autorités sanitaires cherchent à étendre la vaccination au plus grand nombre, leur priorité se concentre néanmoins auprès des personnes les plus fragiles à ce virus de la grippe. Et ces patients à risques ne sont pas éloignés du corps médical. L’argument des officines serait-il alors sans effet ?   Toujours est-il que la décision a du mal à passer chez les infirmières et infirmiers libéraux, comme l’a fait remarquer Karim Mameri, secrétaire général du Conseil national de l’ONI,  aux journalistes de L’infirmière libérale magazine :

« Les infirmières sont aptes à assumer cette action. Mais aujourd’hui, elles ne peuvent vacciner que les plus de 65 ans et les maladies chroniques et non leurs conjoints par exemple. »

Toujours est-il, que la question de la vaccination est aujourd’hui plus qu’hier au centre des débats, depuis que le gouvernement a rappelé ses priorités en matière de santé publique, parmi lesquelles la prévention tient le haut de l’affiche.  En 2017, c’est le 6 octobre que la campagne a été lancée, et plus de 12 millions de français devraient se faire vacciner. Cette campagne est d’autant plus importante, que les patients remettent en cause l’efficacité et donc l’utilité de la vaccination. Ainsi en 2016, le Baromètre de la Santé soulignait qu’une personne sur deux n’était pas favorable à la vaccination en général. Vacciner

Les pharmaciens, une volonté de participer plus activement au suivi des patients 

Alors que certaines infirmières libérales accusent les pharmacies d’une « concurrence déloyale », les officines préfèrent insister sur les nécessaires interactions devant rapprocher les deux professions plutôt que de les déposer. Bien souvent, les pharmacies mettent en avant la préparation des piluliers par les infirmières, alors que cette préparation relève des compétences du pharmacien.  Monsieur Mameri veut que cessent ces « corporatismes par lesquels chacun veut préserver son pré carré » et reconnait que l’amélioration des soins aux patients passe par les compétences de tous les professionnels de santé.  Et il note justement que « Le rôle de l’IDEL dans la coordination des soins semble essentiel car elle se rend à 95 % au domicile des patients. (…) Aujourd’hui, il faut décloisonner les métiers (médecins, infirmiers et pharmaciens) et avancer ensemble en développant des projets communs. »

Les infirmières libérales, entre colère et écoeurement !

 

C’est pour ces raisons, que les infirmières libérales comprennent encore moins cette expérimentation. Elles craignent, que ce test effectué pour le moment dans deux régions seulement soient rapidement étendu. Prévu pour une durée initiale de 3 ans, ce test devrait, en cas de réussite, se généraliser à l’ensemble de l’hexagone. Il suffit de parcourir les réseaux sociaux pour comprendre à quel point la mesure irrite infirmières et infirmiers libéraux. L’écœurement et la colère prédominent avec la sensation de se voir dessaisi de l’essence même de la profession infirmière. Les infirmières libérales des régions concernées ont d’autant plus de mal à comprendre, que cette mesure ne présente pas d’avantages économiques pour l’Assurance Maladie.

Les IDEL(s) rappellent la facturation de 6 euros environ pour ces soins, et encore lorsque cette vaccination n’est pas associée à un second voire à un troisième soin. Cela parait bien peu par rapport à la prime de 100 euros, qui sera versée aux pharmaciens effectuant 5 vaccinations. Les autorités sanitaires mettent en avant, que cette mesure devrait permettre d’accroitre sensiblement la couverture vaccinale. En permettant aux pharmaciens de procéder ce vaccin, l’objectif est bien de simplifier la tâche pour le patient (pas d’aller et retour chez le médecin, ni de visite chez l’infirmière libérale).

La santé publique, un enjeu néfaste à l’activité des infirmières libérales !

C’est donc avant tout pour un enjeu de santé publique (augmenter la couverture vaccinale contre la grippe), que ce décret a été adopté. Du reste, le Ministère de la Santé a souligné, que cette autorisation de vaccination accordée aux pharmaciens a été prise notamment pour respecter les recommandations de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS). Les réticences et les oppositions des infirmières et infirmiers libéraux ne contestent pas cet objectif, mais la façon dont il est conduit et géré.

Pour souligner les avantages de ce changement, les autorités sanitaires soulignant, que les pays européens, qui ont adopté des règles similaires, ont connu une augmentation conséquente de leur taux de vaccination. Et ces arguments ont séduit les Français et les Françaises. Mme Agnès Buzyn, Ministre des Solidarités et de la Santé, a ainsi fait savoir qu’en 15 jours, ce sont 27.000 personnes qui se sont fait vaccinées dans les 3.000 officines concernées par cette expérimentation. Fleur Barbequot, présidente de l’ONI dans la Loire, voulait néanmoins modérer cet enthousiasme : il faudra regarder, fin janvier 2018, s’il y a eu une augmentation de la couverture vaccinale et surtout voir qui s’est fait vacciner [en officine] parce que si ce sont seulement ceux qui se faisaient vacciner par les infirmiers, on aura juste déplacé la rémunération. On est en train de déshabiller les infirmiers pour habiller les pharmaciens et c’est bien dommage.

Sans contester l’importance des mesures prises pour accroitre la couverture de la vaccination en France, les infirmières et infirmiers libéraux regrettent qu’aucune campagne publicitaire n’explique le rôle essentiel des IDEL(s) en la matière. Aussi a-t-on vu un syndicat d’infirmières libérales imprimer des affiches au slogan choc et simple : vacciner c’est notre métier.

Vers une nouvelle politique de vaccination avec ou sans les infirmières libérales !

Il faudra attendre le 31 janvier 2018, date officielle de la fin de cette campagne de vaccination, pour pouvoir tirer le bilan définitif de l’opération. Les infirmières et infirmiers libéraux dénoncent déjà des chiffres et des statistiques faussées. Les vaccinations opérées dans le cadre des séances de soins infirmiers ne seront ainsi pas prises en compte, et comment dans ces conditions juger de l’efficacité de ces vaccinations opérées par les pharmaciens. On comprend que la profession s’est irritée de cette mesure.

Florence, infirmière libérale, s’étonnait même : «  Je suis IDEL depuis 20ans et je n’ai jamais pu encaisser les nombreux vaccins de la grippe que j’ai effectué. La CPAM me refuse le paiement, car mon logiciel ne formule pas la cotation comme ils le veulent mais au final la facture est la même. Par contre ils envoient chaque année la publicité pour nous inciter à vacciner le plus de patients possible. «

Et vous comprenez-vous que cette question de la vaccination antigrippale par les pharmaciens déchaine les passions ? êtes-vous pour ou contre ? Selon vous, que devrait-on faire pour augmenter la couverture vaccinale ?