Une étude de l’agence régionale de santé de Seine-et-Marne menée en 2012 auprès de ses infirmiers libéraux vient de paraître et fait grand bruit tant les nécessités en matière d’hygiène et de prévention des risques infectieux semblent sous-évaluées. Toutefois ces résultats certes alarmants, parus dans le Bulletin hebdomadaire de l’Institut de veille sanitaire (INVS), ne doivent pas simplement faire office de mise en garde mais aussi d’un constat des difficultés criantes rencontrées quotidiennement par les infirmiers libéraux. Si les chiffres parlent, s’arrêter à leur sens premier serait une erreur…

Résultats de l’enquête menée par l’ARS auprès des infirmiers libéraux

Rappelons tout d’abord que ce questionnaire fut envoyé par voie postale et anonyme, 24 % des infirmiers libéraux y ont répondu, soit 206 réponses sur 883 professionnels concernés. Ce qui laisse douter de la représentativité de l’étude menée…

Toutefois on y découvre, à la surprise générale, que seulement la moitié des soignants consultés se laveraient les mains avant de prodiguer un soin : « Concernant l’hygiène des mains, 45% (92 sur 205) des IDEL déclarent se laver toujours les mains avant chaque visite à domicile […] ». Une révélation qui laisse sans voix quand on connaît les risques infectieux que peuvent représenter une telle pratique, précautions pourtant martelées par les multiples textes gouvernementaux sur le sujet :

« L’hygiène des mains est la première des bonnes pratiques pour prévenir les IAS (Infections associées aux soins) ».

Or, le résultat final montre que seulement 7 infirmiers libéraux correspondraient parfaitement aux critères d’hygiène des mains recommandé par le Guide de bonnes pratiques pour la prévention des infections liées aux soins réalisés en dehors des établissements de santé réalisé par le ministère de la Santé en 2004.

Unknown3De plus 30 % des IDEL interrogés déclarent avoir été victime d’une AES (Accident d’exposition au sang) : si dans leur grande majorité ils travaillent avec des gants à usage unique, seulement 23% d’entre eux possèdent des tabliers jetables et 64% des masques de protection. Lorsque l’on apprend par la suite que seuls 49 infirmiers sur les 203 interrogés connaissent leur référent hospitalier le plus proche et que 27 % effectuent le nettoyage de la plaie (identifiée comme AES) selon les indications officielles, il y a de quoi frémir pour la santé des patients tout comme pour la leur… Qui ne semble toujours pas une priorité puisqu’ils ne sont encore que 54 % à avoir des vaccinations à jour, comme nous l’avions démontré dans un précédent article concernant les soignants et leur propre santé.

Enfin la gestion des déchets liés aux soins (les DASRI) semble aussi problématique et il semblerait qu’une minorité des professionnels (8,7 % selon le rapport) répondrait aux exigences recommandées par leur ministère en matière d’élimination des DASRI…

Ceci étant dit, ne serait-il pas intéressant d’y voir bien plus le constat d’une profession qui souffre plutôt que de lui attribuer une mauvaise note d’office ?

Des résultats inquiétants mais des causes multiples

Alors que l’on souhaite accentuer la prise en charge à domicile afin d’écourter les séjours hospitaliers, de telles conclusions sont embarrassantes. Bien plus qu’une alarme, il semble évident, et peut-être trop souvent oublié, que ces chiffres révèlent aussi des conditions de travail quotidiennes complexes.

Tout d’abord, nous l’avons vu, cette enquête n’est que très peu représentative de la profession, le Bulletin en a conclu alors que « […] Nous pouvons considérer que les IDEL ayant répondu sont les plus motivés sur le sujet et ceux qui, par conséquent, ont les meilleures pratiques. », en admettant toutefois que beaucoup ont jugé ces questions trop invasives. Et si l’hypothèse était inverse, et qu’au final les infirmiers libéraux qui n’ont pas répondu à cette enquête estimaient qu’ils n’ont guère besoin qu’on leur rappelle les bonnes pratiques pour les effectuer depuis bien longtemps ?

De plus, suggérer que les conditions d’hygiène ne soient pas remplies d’une façon optimale uniquement par négligence ne serait-il pas extrêmement réducteur ? En réalité, l’enquête soulève plusieurs points cruciaux : la difficulté de la gestion optimale des déchets médicaux, le coût des équipements de protection à la charge des IDEL, la prise en compte toute relative de la nécessité d’un environnement adapté aux soins par les patients visités, le manque d’information et de lien entre l’hôpital et le soignant à domicile, tout cela pour une rémunération à priori insuffisante aux vus des actes effectués. L’enquête révélera par exemple que 1 % des infirmiers libéraux ont accès au dossier de leur patient et que 88 % d’entre eux ne sont pas informés du risque infectieux que peut représenter un malade à sa sortie de l’hôpital !

Ainsi, bien plus que de décrier une profession, ce rapport met en exergue des difficultés importantes qui pourraient être résolues dans le but d’une meilleure sécurité de soin pour les patients et un meilleur climat professionnel pour les infirmiers libéraux.

Que pensez-vous de cette enquête et de son traitement dans les différents médias ? Doit-on la voir comme une attaque envers votre profession d’infirmier libéral ou comme une réelle volonté d’amélioration de l’hygiène des soins, tant pour le patient que pour le soignant ? Si vous aviez été concernés par cette étude, y auriez-vous répondu ?