Évoquant le zonage infirmier, on distingue fréquemment les infirmiers libéraux exerçant en ville et les infirmières libérales rurales. En souhaitant garantir l’égalité d’accès aux soins à tous les patients, les autorités publiques ont instauré des règles, qui n’ont cessé d’évoluer, pour encadrer l’installation des professionnels de santé. Si cette ambition n’est combattue par personne, force est de constater qu’elle a engendré une autre forme d’inégalité : celle existant entre les IDEL(s) titulaires et les IDEL(s) remplaçants. La situation se dégrade, depuis des mois voire des années, et aujourd’hui, des infirmières et infirmiers libéraux dénoncent une réalité intenable. Serait-ce les prémices d’une profonde remise en cause du zonage infirmier ?
Pourquoi le zonage infirmier doit, en théorie, être protecteur pour les IDEL(s) ?
Depuis plusieurs années, les débats persistent autour de ce sujet ô combien complexe : le zonage infirmier. En effet, pour lutter contre la désertification médicale (le sujet ne concerne pas uniquement la profession infirmière), les autorités publiques ambitionnent d’harmoniser la répartition des IDEL(s), médecins et autres professionnels de santé dans toutes les régions de France. Il s’agit de pouvoir garantir l’égalité d’accès aux soins. Après bien des évolutions, ce zonage applicable aux IDEL(s) pose deux grands principes :
- Dans les zones sur-dotées, une infirmière libérale ne peut en théorie pas s’installer tant qu’une autre IDEL ne quitte le territoire (déménagement, retraite, …)
- Dans les zones sous-dotées, des incitations financières ont été mises en place pour faciliter l’installation ou le maintien de l’activité
Ce zonage est défini par l’étude du nombre d’IDEL(s) déjà présents par rapport à la population de ce territoire. Vous pouvez retrouver l’ensemble de ces données sur le site de Cartosanté ou en contactant l’ARS (Autorité Régionale de Santé) ou la CPAM (Caisse Primaire d’Assurance Maladie), dont vous dépendez. Certes, le zonage infirmier répond à bien d’autres exigences (ainsi, il existe officiellement 5 types de territoires : très sous-dotés, sous-dotés, intermédiaires, très dotés, surdotés), retrouvez tous les avantages dont vous pouvez bénéficier en devenant une infirmière libérale en zone rurale.
Toujours est-il, que si ces réglementations existent, c’est principalement au bénéfice des patients mais également pour protéger les professionnels de santé. S’installer en zone sur-dotée conduit à une concurrence exacerbée entre les soignants libéraux. Cela peut rendre difficile le développement d’un cabinet infirmier. A l’inverse, s’installer dans un désert médical permet non seulement de bénéficier d’aides financières mais aussi de s’assurer d’une patientèle, le plus souvent en attente d’une IDEL.
IDEL remplaçante ou titulaire ? Des conséquences directes pour les règles du zonage à appliquer
Cependant, la situation n’apparaît pas aussi simple que cela. De nombreux infirmiers libéraux dénoncent une inégalité de traitement en fonction du statut choisi. Ainsi, pour pouvoir exercer en tant que titulaire ou collaboratrice, une IDE ne pourra pas choisir une zone sur-dotée à moins qu’elle ne remplace un autre professionnel de santé sur le départ. Cette possibilité lui sera, en revanche, ouverte dès lors que le territoire choisi ne connait pas un nombre top important d’infirmiers libéraux.
Dans les deux cas, l’infirmière pourra exercer en tant qu’IDEL remplaçante. Cette réalité apparait comme naturelle et logique. En effet, un infirmier libéral, même dans une zone sur-dotée, a besoin de se faire remplacer. Il ne peut exercer 365 jours par an. Ce même infirmier ne peut pas en revanche s’associer avec une consœur ou un confrère, dans la mesure où l’installation demeure impossible. En d’autres termes, toutes celles et tous ceux, souhaitant travailler dans ces régions connaissant un nombre trop important d’IDEL, font le choix du remplacement en attendant une opportunité ou en acceptant ce mode d’exercice particulier. Cela conduit, selon certains professionnels, à une augmentation significative du nombre de remplaçants, augmentation impliquant insidieusement une intensification de la « concurrence ». Pour les professionnels déjà installés, cela pose également le problème du développement du cabinet. Comment se développer, quand on est contraint de faire appel à des remplaçants alors que l’on souhaiterait davantage trouver un associé ou un collaborateur ?
A l’inverse, les infirmières et infirmiers, exerçant dans ces déserts médicaux, peuvent éprouver des difficultés à trouver des remplaçants. Ces derniers hésitent devant les difficultés de l’exercice en zone sous-doté (éloignement, distance à parcourir au cours de sa tournée de patientèle, manque d’infrastructure, attractivité faible des territoires concernés, …).
A l’heure de la loi infirmière, ne faut-il pas refonder les règles du zonage infirmier ?
Dans ces conditions, de plus en plus d’IDEL(s) font part de leur colère et de leur agacement face à une situation, qui ne peut plus durer, selon eux. Certes, l’Ordre National des Infirmiers (ONI) garantit la pérennité de cette organisation, en enregistrant ces remplacements. D’un autre côté, certains professionnels dénoncent des autorisations excessives, ne faisant qu’aggraver une situation créant des inégalités et donc une frustration voire une colère. D’autant plus, qu’aujourd’hui les contrôles URSSAF conduisent à condamner la réalité des « remplacements réguliers », acceptée pendant des années pour réguler la situation.
Alors que 2025 a marqué une avancée significative pour la profession notamment avec la loi infirmière, 2026 se devra de faire évoluer cette situation, qui a conduit à :
- Avec l’augmentation du nombre de remplaçants dans les zones sur-dotées, ces dernières se retrouvent au bord de la saturation,
- Les IDEL(s), en zone sous-dotée, peinent à trouver des remplaçants,
- Les titulaires ne peuvent pas, dans les zones sur-dotées, attendre l’arrivée d’un associé ou d’un collaborateur. La pression devient intenable,
- Les IDEL(s) remplaçants se concentrent dans certaines régions, et la concurrence devient de plus en plus forte pour réussir à exercer
- …
Même s’il n’existe pas de solution miracle, il faut néanmoins briser ce cercle vicieux, qui ne conduit qu’à aggraver, jour après jour, la situation. Peut-être est-il temps d’écouter les propositions émanant des principaux concernés : les IDEL(s) ?



