La trousse d’une IDEL, c’est un peu comme un couteau suisse : on n’utilise pas tout en permanence, mais quand on a besoin d’un outil précis, mieux vaut qu’il soit là. Les pinces, c’est exactement ça. Il en existe des dizaines de modèles, mais en tournée, cinq suffisent à couvrir l’essentiel des situations.
Tour d’horizon des modèles vraiment utiles, avec ce qu’ils font, pour quoi les utiliser, et comment les entretenir entre deux visites.
En résumé
- Cinq modèles couvrent la quasi-totalité des besoins en soins infirmiers à domicile.
- La pince à disséquer sans griffe reste la plus polyvalente pour les pansements courants.
- La pince Kocher et la pince de Péan sont complémentaires pour l’hémostase et la manipulation de drains.
- Toute pince réutilisable doit être désinfectée entre chaque patient selon les protocoles en vigueur.
- Les pinces à usage unique évitent la question de la décontamination en tournée.
Pourquoi bien choisir ses pinces en soins infirmiers libéraux ?
En secteur hospitalier, les pinces sont préparées, stérilisées et disponibles à la demande. En libéral, c’est vous qui gérez le stock, l’entretien et le renouvellement. Une mauvaise pince, c’est un geste moins précis, un risque de contamination en plus, ou une manipulation laborieuse qui rallonge la durée du soin (Société Française d’Hygiène Hospitalière, 2022). Autant partir sur de bonnes bases dès l’installation.
Le choix entre usage unique et réutilisable dépend de votre volume de soins, de votre organisation en tournée, et du type d’actes que vous réalisez le plus souvent. Les deux options sont valides, à condition de respecter les protocoles de décontamination pour les réutilisables.
La pince à disséquer sans griffe : la plus polyvalente
C’est la pince de référence pour les pansements en soins infirmiers libéraux. Aussi appelée pince anatomique, elle permet de manipuler compresses, mèches et tissus sans traumatiser les bords de plaie (Haute Autorité de Santé, guide des soins de plaies, 2021). Sa surface striée assure la prise sans déchirer.
En pratique, elle sert à tout : poser une compresse, retirer un pansement adhérent, tenir un bord de plaie le temps d’un nettoyage. C’est la pince qu’on attrape en premier, presque par réflexe. Si vous ne deviez en avoir qu’une dans votre trousse, ce serait celle-là.
Elle existe en acier inoxydable réutilisable ou en version plastique à usage unique. Pour la tournée, beaucoup d’IDEL optent pour le kit usage unique sur les plaies infectées ou complexes, et gardent la version réutilisable pour les soins standards.

La pince à disséquer avec griffe : pour les tissus résistants
La version avec griffe (dite chirurgicale ou pince de Adson) est conçue pour saisir des tissus plus fermes sans glisser. En soins infirmiers à domicile, elle est utile sur les plaies chroniques à tissu fibreux, les nécroses superficielles, ou les croûtes épaisses à mobiliser délicatement (Société Française et Francophone des Plaies et Cicatrisations, 2023).
Attention : la griffe est précisément ce qui la rend traumatisante sur un tissu fragile ou un bourgeon cicatriciel. Elle ne remplace pas la pince anatomique, elle la complète. Sur une plaie propre en cours de cicatrisation, on reste sur la version sans griffe.

La pince Kocher : indispensable pour les drains et sondes
La pince Kocher est une pince hémostatique à mors droits avec crans de blocage. Son avantage principal : elle se verrouille sur ce qu’elle tient, ce qui laisse les deux mains libres pour continuer le soin (Lohmann & Rauscher, catalogue soins infirmiers 2024).
En tournée, elle sert surtout à clamper temporairement un drain ou une sonde (pour éviter les fuites pendant un changement de poche), à tenir un fil de suture, ou à maintenir un champ stérile en place. C’est aussi la pince qu’on utilise pour couper les sutures quand on n’a pas de ciseau sous la main, en combinaison avec une lame.
La version courbe existe et est souvent préférée pour les zones difficiles d’accès, mais la droite suffit dans la grande majorité des situations en soins à domicile.

La pince de Péan : pour l’hémostase et la manipulation fine
La pince de Péan ressemble à la Kocher mais sans les dents à l’extrémité des mors. Résultat : elle saisit sans traumatiser, ce qui la rend plus adaptée aux tissus fragiles et aux vaisseaux (Vidal, dictionnaire médical, 2023). En milieu hospitalier, c’est une pince d’hémostase chirurgicale. En libéral, son usage est plus ponctuel.
Elle est utile pour mobiliser délicatement un drain, tenir une mèche lors d’un méchage de plaie profonde, ou maintenir un élément pendant un soin sans risquer de l’abîmer. Certaines IDEL la gardent spécifiquement pour les soins de stomies ou les plaies tunnellisées où la pince Kocher serait trop agressive.
Elle se décline en version droite et courbe. La courbe est souvent préférée en libéral pour sa maniabilité dans des espaces restreints.

La pince porte-compresse : pour les soins sous champ stérile
La pince porte-compresse, aussi appelée pince de Cheatle, est conçue pour tenir une compresse stérile imbibée de solution et nettoyer une plaie sans contact manuel direct (recommandations SFHH, 2022). Elle est longue, à extrémité annulaire, et permet un geste ample et contrôlé.
C’est la pince qu’on utilise pour la détersion au sérum physiologique sur une plaie ouverte, pour le nettoyage d’une zone péristomiale, ou pour tout soin où le contact direct de la main gantée avec la plaie doit être évité. Dans la pratique de terrain des IDEL, elle est moins systématique que les quatre précédentes, mais elle a sa place pour les soins complexes à domicile.
Elle est disponible en usage unique (format emballé stérile) ou en version réutilisable acier inox. Pour les soins en tournée avec contrainte de temps, le format usage unique prêt à l’emploi simplifie la logistique. La gestion des soins complexes à domicile s’articule souvent avec le Bilan de Soins Infirmiers (BSI), qui permet de documenter et justifier ce type de matériel spécifique.

Entretien des pinces réutilisables : ce que la réglementation dit
Les dispositifs médicaux réutilisables de niveau “critique” (contact avec plaie ouverte) doivent être stérilisés entre chaque patient. En pratique libérale, sans autoclave à domicile, cela impose soit de travailler en usage unique, soit de déposer les instruments en stérilisation externe entre les soins (circulaire DGS/DH n° 98-249 du 20 avril 1998 et recommandations SFHH 2022).
La désinfection simple par trempage dans un bain de désinfectant n’équivaut pas à une stérilisation. C’est un point de contrôle lors des inspections ARS. Si vous avez un doute sur votre protocole actuel, c’est le bon moment pour en parler avec votre CPAM ou votre ordre départemental.
Questions fréquentes sur les pinces infirmières
Quelle est la différence entre une pince Kocher et une pince de Péan ?
Les deux sont des pinces hémostatiques avec crans de blocage, mais la Kocher a des dents à l’extrémité des mors, ce qui lui donne une meilleure prise sur les tissus fermes. La Péan a des mors lisses : moins traumatisante, plus adaptée aux tissus fragiles ou aux vaisseaux.
Peut-on utiliser des pinces à usage unique pour tous les soins ?
Oui, et c’est souvent la solution la plus simple en tournée. Les kits de pansements à usage unique intègrent généralement une pince à disséquer. Pour les soins plus techniques (méchage, drain), il faut vérifier que le modèle usage unique disponible correspond au geste à réaliser.
Combien de pinces faut-il avoir dans sa trousse IDEL ?
Il n’y a pas de nombre réglementaire. En pratique, une pince à disséquer sans griffe, une avec griffe, et une Kocher couvrent 80 % des situations. La Péan et la porte-compresse complètent pour les soins plus techniques. L’usage unique peut remplacer tout ou partie selon votre organisation.
Les pinces sont-elles déductibles fiscalement ?
Les dispositifs médicaux utilisés dans le cadre de l’exercice libéral sont des charges déductibles du résultat. Ils n’entrent pas dans les honoraires remboursés par l’Assurance Maladie : c’est vous qui les achetez et les déclarez en charge professionnelle. Gardez vos factures d’achat.



