L’Ordre Infirmier, bien que né sous de bons hospices en 2006, semblerait terriblement souffrir d’une maladie incurable : le désamour des professionnels infirmiers. Entre manque de cotisations impliquant de grosses difficultés financières, une communication quelque peu étrange et, pour finir, en avril 2014 l’affaire judiciaire des six infirmières traitées comme des « criminelles » parce qu’elles n’avaient pas adhéré. L’Ordre a semé le désordre. À tel point que la ministre Marisol Touraine envisagerait « son avenir menacé » .

La naissance de l’ONI : un but et des enjeux louables

La création de l’Ordre National des Infirmiers date de 2006, à la parution de la loi du 14 décembre de la même année, souhaitée par les professionnels, les syndicats tout comme le gouvernement qui espéraient regrouper les infirmiers hospitaliers et libéraux sous un même encadrement.

Le but affiché était clair : pouvoir proposer un cadre de déontologie et de contrôle, tout comme promouvoir la profession infirmière. Ainsi l’Ordre Infirmier se veut être le digne représentant de la loi qui l’a fait naître, en présentant son rôle de la façon suivante :

  • Contrôler à l’inscription que « les conditions de compétence, de moralité et d’indépendance  légales soient remplies par le professionnel ».
  • Eriger et veiller au bon maintien des « principes éthiques nécessaires à l’exercice de l’art infirmier ».
  • Veiller à organiser et à mettre en œuvre le développement professionnel continu, obligatoire annuellement pour chaque infirmier.
  • Assurer la défense de ses adhérents devant les juridictions, dans le cadre d’un préjudice direct ou indirect à la profession ou dans le cas d’un litige avec un patient.
  • Assurer la promotion de la profession infirmière.
  • Participer aux suivis des données statistiques de la profession pour anticiper son évolution
  • Représenter ses professionnels face aux décisions gouvernementales.

Beaucoup de missions, qui jusqu’à alors étaient menées de façon désordonnées et disparates par les différents syndicats et corporations de métiers. L’avenir de cet Ordre semblait donc à sa création plutôt radieuse. Et pourtant…

L’Ordre Infirmier dans la tourmente

Malgré les bonnes volontés, ce tout nouvel Ordre a bien du mal à contenter tous les professionnels. Le manque d’adhésion et de mobilisation autour de cette organisation, qui semble un peu trop fragile, est aujourd’hui criant : seulement 150 000 des 500 000 professionnels infirmiers y sont inscrits à ce jour.

De ce fait, l’organisation peina à absorber tous les frais inhérents à son fonctionnement (local, véhicules…) et afficha dans un communiqué de presse de juillet 2011 que « L’Ordre National des infirmiers se trouve actuellement dans une situation financière extrêmement critique »  et qu’il remédierait aux principaux reproches formulés à son égard soit le manque de communication et la cotisation annuelle trop élevée.

Pourtant ces frais annuels restent inchangés, ils sont encore à ce jour de 30 euros pour les professionnels salariés et de 75 euros pour les infirmiers libéraux, des coûts supplémentaires venant s’additionner à la nombreuse liste des charges incombant déjà à ces professionnels. Début 2013, le déficit est énorme (de l’ordre de près de dix millions d’euros ) et l’Ordre Infirmier demeure incompris et flou aux yeux de ceux qu’il serait censé représenter.

L’ordre des infirmiers est un ordre contesté, un ordre sans légitimité, et donc un ordre dont l’avenir est clairement menacé

L’affaire d’avril 2014 où 6 infirmières du Haut-Rhin se sont vues convoquées à la gendarmerie pour une non adhésion à L’Ordre Infirmier a mis le feu aux poudres. Ces infirmières ont été traitées, comme le juge la CFTC Santé dans un communiqué, telles « de véritables criminelles, avec photos, empreintes digitales, et obligation d’adhérer à l’ordre sous 60 jours. », sous peine de se retrouver avec 1 an de prison et 15 000 € d’amende, l’adhésion à l’Ordre étant, bien que très controversée, obligatoire.

Ainsi le 13 mai dernier, Marisol Touraine a déclaré en parlant de l’ONI que « l’écrasante majorité des infirmiers ont marqué depuis le départ leur opposition à [sa] mise en place. Je le dis très sincèrement et très fermement : l’ordre des infirmiers est un ordre contesté, un ordre sans légitimité, et donc un ordre dont l’avenir est clairement menacé. », tout en souhaitant notamment changer le fait que l’inscription y soit obligatoire. L’ONI, répondra le 16 mai par un communiqué de presse indigné adressé à Madame la Ministre en estimant d’une part que « Vous [Marisol Touraine] avez profité du regrettable incident survenu dans le Haut-Rhin relevant du seul ministère de la Justice et dans lequel l’Ordre n’a aucune responsabilité pour encore une fois encore stigmatiser l’ONI et appeler à sa suppression. » et que d’autre part seul le gouvernement serait responsable de cette situation complexe.

Au vu des projets de loi concernant la Santé présentés le 17 juin prochain au Ministère, l’ONI, qui a sollicité à plusieurs reprises une rencontre avec la ministre, serait reçu le 16 juin 2014. L’affaire reste donc à suivre…

Que penser de l’Ordre Infirmier ? Y êtes-vous adhérents, si oui l’avez-vous fait par conviction ou plutôt par obligation ? Croyez-vous en son avenir ?