Ebola de la réalité de ses origines à la peur, le rôle des professionnels de santé

Ebola, ce nom fait désormais frémir toutes les populations mondiales. Pourtant de sa découverte en mars 2013 dans un petit village de Guinée à sa médiatisation voire sa surmédiatisation actuelle, des mois se sont écoulés faisant de nombreuses victimes en Afrique de l’Ouest tout particulièrement. Face à cette épidémie qui semblerait vouloir se développer, il devenait urgent que chaque pays se prépare aux risques potentiels. En France, les personnels médicaux s’estiment-ils suffisamment formés pour répondre aux besoins de cette maladie foudroyante ?

Ebola, les prémices d’un virus sans précédent

Nous en parlions cet été par le malheureux rapatriement d’une de vos consœurs infirmière à MSF soignée fort heureusement avec succès grâce à de nouvelles thérapies mises en œuvre.

Toutefois, au vu de l’ampleur de la maladie en Sierra Leone, au Liberia ou ailleurs en Afrique de l’Ouest on s’étonne qu’elle ne soit réellement médiatisée que depuis quelques mois alors que le « patient zéro », un petit garçon mort à cause d’une mystérieuse maladie avec pour symptômes une diarrhée sévère, des vomissements et des hémorragies internes,  a été contaminé le 6 décembre 2013 dans un petit village de Guinée.

Entre la mort de ce pauvre petit puis la contamination de toute sa famille, il a été compté 14 semaines pour que ce virus mystérieux soit bien déclaré comme la maladie d’Ebola. Un temps précieux de perdu, une contamination qui va à la vitesse de l’éclair et qui tue en moyenne tous les douze jours. Mais ayant été considérée comme une maladie rare depuis sa découverte dans le sang d’une missionnaire en 1976 par Peter Piot, un médecin belge avec « seulement » 1 700 décès en quarante ans, on ne considéra pas qu’il était utile d’en créer un vaccin… Seulement la maladie qui jusque-là touchait des zones de campagnes africaines reculées ne s’est plus arrêtée aux portes des villes, le contact et la surpopulation citadine n’a fait qu’amplifier le phénomène viral.

Ainsi Bruce Aylward, adjoint au Directeur général de l’OMS, a affirmé le 14 octobre avant une réunion du Conseil de sécurité consacrée à la propagation du virus que « Ebola pourrait provoquer en décembre 5 000 à 10 000 nouveaux cas par semaine en Afrique de l’Ouest ». Il est donc devenu urgent de se lancer dans cette course contre la montre contre ce virus qui d’une part décime depuis maintenant plusieurs mois les populations africaines mais se transmet désormais par la mobilité des personnes à tous les continents. Il a donc fallu attendre que le virus passe les frontières du continent africain pour qu’il soit médiatisé ?…

Aujourd’hui les personnels soignants qu’ils soient africains ou européens se sentent débordés et mal informés par l’ampleur phénoménale du virus, à tel point même que certains professionnels de santé africains estiment que « nous sommes dans une situation infernale, donc nous devons être indemnisés en conséquence ».  Libération rapporte en effet dans un article du mois d’octobre 2014 que les personnels soignants du Libéria, un des pays les plus touchés par Ebola, travaillent dans des conditions atroces, avec très peu de moyens, se sentant victimes de « la négligence, la tromperie et les menaces ». Ils espèrent en protestant que « […] le peuple libérien et le monde ont entendu nos cris ».

Rappelons que les soignants ont déjà payé un lourd tribut à travers le monde : 395 soignants ont déjà contracté la maladie à virus Ebola et 216 en sont déjà morts.

En France comment gère-t-on Ebola pour et par les professionnels de santé ?

Le retour de l’infirmière de MSF cet été a suscité les interrogations et les peurs dans les esprits. Or, était-ce par maladresse ou par volonté de ne pas affoler la population, le gouvernement semblerait avoir mis du temps à vouloir divulguer son plan de crise pour enrayer l’épidémie alors qu’elle devenait de plus en plus médiatisée de par le monde.

Ainsi la première offensive fut déclenchée par l’un de vos confrères infirmiers, Thierry Amouroux, secrétaire général du SNPI-CFE-CGC qui, dans un communiqué du  13 octobre, dénonça une « omerta sur Ebola ? » et que « face aux carences méprisantes des autorités qui nous considèrent visiblement comme des agents d’exécution et non des professions de santé de première ligne »,  il était temps que chacun connaisse les mesures de sécurité et de prudence à avoir face à une suspicion d’Ebola. Cet appel et cette invective au gouvernement afin de communiquer sur le sujet furent relayés par les grands médias, et visiblement entendus par tous, même si certains jugèrent ces propos exagérés.

En effet en tant qu’IDEL, Ebola étant une maladie infectieuse avec des symptômes précis mais néanmoins classiques de tant d’autres maladies bénignes, il semblerait que, malheureusement, en intervenant directement au domicile des malades, vos risques de contamination soient plus importants que d’autres professionnels de santé.

Quoi qu’il en soit, le ministère de la Santé tout comme l’ONI, ont créé désormais des recommandations à télécharger et un site gouvernemental de références  et d’actualités sur la question de l’épidémie. Il semblerait bien que le ministère de Marisol Touraine ait voulu établir désormais la communication, en rendant les étapes et les mesures effectuées transparentes et disponibles pour tous.

En espérant que les chercheurs et les scientifiques par leurs diverses découvertes concernant les vaccins possibles n’obligeront pas les 12 hôpitaux de référence à transformer les exercices auxquels ils s’entrainent actuellement, dans le CHU de Nantes par exemple, en catastrophe médicale réelle et sans précédent…

Et vous, infirmières et infirmiers libéraux, vous sentez-vous suffisamment informés et formés pour répondre aux besoins médicaux d’une telle épidémie ? Que pensez-vous de la gestion gouvernementale de cette crise, craignez-vous que la communication ait manquée ou, au contraire, qu’il n’était forcément utile d’affoler les populations ? Trouvez-vous que cette maladie a été médiatisée à sa juste valeur en Afrique ? Cette médiatisation vous semble-t-elle exagérée en France ?