Le télésoin, c’est un peu comme la tournée, mais depuis votre canapé. Ou depuis la voiture, entre deux patients. Sauf que tout le monde ne peut pas le facturer, et pas pour n’importe quel acte. Avant de dégainer l’ordonnance et l’appel vidéo, mieux vaut savoir exactement ce qui passe à la CPAM et ce qui ne passe pas.
On fait le point sur les actes éligibles, les cotations en vigueur en 2026 et les conditions à respecter pour ne pas se retrouver avec un rejet en retour.
En résumé
- Le télésoin infirmier est autorisé depuis le décret du 3 juin 2021 pour les IDEL conventionnés.
- Tous les actes ne sont pas éligibles : la surveillance infirmière et les séances de suivi oui, le soin technique avec contact physique non.
- Cotation de base : AMI 4, soit 13,40 € depuis la revalorisation de l’avenant 11 (automne 2026).
- Condition non négociable : le patient doit avoir été vu en présentiel dans les 12 mois précédents.
- L’outil vidéo doit être référencé par l’Assurance Maladie, pas n’importe quelle appli de visio.
Qu’est-ce que le télésoin infirmier exactement ?
Le télésoin, c’est la réalisation à distance d’un acte de soin via un outil de vidéotransmission sécurisé. Il ne s’agit pas d’une téléconsultation médicale : c’est bien l’infirmière qui conduit la séance, dans son périmètre de compétences. Le cadre légal repose sur le décret n° 2021-707 du 3 juin 2021, qui ouvre le télésoin aux auxiliaires médicaux dont les IDEL (Légifrance, 2021).
Concrètement : vous appelez votre patient en vidéo, vous faites un point sur son état, vous observez, vous guidez, vous tracez. Ce n’est pas anodin administrativement, mais c’est un acte à part entière, facturé et remboursé par l’Assurance Maladie sous conditions.
Le télésoin ne remplace pas le soin en présentiel. Il le complète, notamment pour le suivi des patients chroniques, les personnes peu mobiles, ou dans les zones sous-dotées. La lettre-clé AMI qui s’y applique a d’ailleurs été revalorisée par l’avenant 11 à la convention infirmière, ce qui améliore concrètement la rentabilité des séances.
Quels actes l’IDEL peut-elle facturer en télésoin ?
Tout ne passe pas en vidéo, c’est logique. Les actes qui nécessitent un contact physique (pansements, injections, pose de sonde…) restent obligatoirement en présentiel. Ce qui est éligible au télésoin, c’est tout ce qui relève de la surveillance, du suivi et de l’éducation (Arrêté du 1er août 2023, ministère de la Santé).
La surveillance infirmière à distance
Suivi d’un patient en sortie d’hospitalisation, contrôle de l’observance d’un traitement, évaluation de l’état général d’un patient en ALD : ce sont les cas d’usage les plus courants. L’infirmière observe, questionne, oriente. Si elle constate que la situation nécessite un passage en présentiel, elle le programme.
Les séances de suivi et d’accompagnement
Pour les patients en affection de longue durée (cancer, insuffisance cardiaque, diabète complexe…), des séances de suivi infirmier à distance sont éligibles. L’objectif : maintenir le lien entre deux passages, détecter une dégradation avant qu’elle ne s’aggrave, adapter le plan de soins. Ces séances s’inscrivent dans le cadre du Bilan de Soins Infirmiers (BSI) déjà établi pour le patient.
Les séances IPA en télésoin
Les infirmières en pratique avancée peuvent réaliser leurs séances de suivi de patients en télésoin. Depuis l’avenant 11, la séance IPA est revalorisée à 21 € qu’elle soit réalisée en présentiel ou à distance (Assurance Maladie, 2026). C’est un point à vérifier dans votre logiciel pour que la cotation s’applique correctement.
Ce qui ne passe pas en télésoin
Pour être clair : tout acte technique qui nécessite votre présence physique reste hors télésoin. Pansements, injections, prélèvements, ablations, soins de nursing complexes, BSI initial. La règle de bon sens : si vous avez besoin de toucher le patient pour faire l’acte, ce n’est pas du télésoin.
Comment coter une séance de télésoin IDEL ?
La cotation de base d’une séance de télésoin infirmier est AMI 4. Avec la première revalorisation de l’avenant 11 (automne 2026), ça représente 4 × 3,35 €, soit 13,40 € par séance. Avant la revalorisation, c’était 4 × 3,15 € = 12,60 €. Pensez à vérifier que votre logiciel applique bien le bon tarif après la date d’entrée en vigueur.
La majoration de déplacement (IFD, IFA, MAU…) ne s’applique pas en télésoin : vous n’êtes pas chez le patient. En revanche, les majorations liées à la situation du patient (dépendance, nuit…) peuvent s’appliquer si les conditions habituelles sont remplies.
Pour les IPA, la séance de suivi est facturée à 21 € depuis l’avenant 11 (Assurance Maladie, 2026), en présentiel comme en télésoin.
Les conditions à respecter pour que ça passe
C’est là que beaucoup d’IDEL se font avoir. Le télésoin, c’est pas juste ouvrir Facetime et appuyer sur facturer. Il y a des règles, et l’Assurance Maladie les vérifie (Ameli.fr, 2024).
La primo-consultation en présentiel
Vous devez avoir vu le patient en présentiel dans les 12 mois précédents. Pas de télésoin avec un nouveau patient que vous n’avez jamais rencontré physiquement. C’est la condition de base, sans exception.
Le consentement du patient
Le patient doit avoir donné son accord pour la séance à distance. Cet accord doit être tracé dans le dossier patient, avec la date. Un consentement oral suffit, mais la traçabilité est obligatoire.
L’ordonnance
Pour les actes sur prescription, l’ordonnance reste obligatoire, qu’on soit en présentiel ou en télésoin. Elle doit mentionner l’acte prescrit. En cas de doute sur les règles de prescription, les équipes de votre CPAM de rattachement peuvent vous orienter.
La traçabilité dans le dossier
La séance doit être documentée comme n’importe quel soin : heure de début, heure de fin, observations, plan de suivi. Dans Albus, la saisie d’une séance de télésoin se fait comme pour un acte standard, avec le bon code NGAP.
Quels outils vidéo sont autorisés ?
L’Assurance Maladie a établi une liste d’outils référencés pour le télésoin, conformes aux exigences de sécurité et de confidentialité des données de santé (Ameli.fr, 2024). Parmi les outils couramment utilisés par les IDEL : Doctolib, Maiia, Lifen, ou encore les solutions intégrées à certains logiciels de gestion.
WhatsApp, FaceTime ou Zoom non sécurisé : ce n’est pas autorisé, même si c’est pratique. En cas de contrôle, c’est la séance entière qui peut être remise en cause. Si vous ne savez pas si votre outil est sur la liste, vérifiez sur ameli.fr à la rubrique “télésoin”.
Questions fréquentes sur le télésoin infirmier
Peut-on faire du télésoin sans ordonnance ?
Ça dépend de l’acte. Certaines séances de surveillance peuvent être réalisées dans le cadre d’un protocole de soins déjà établi, sans nouvelle ordonnance à chaque séance. Pour les actes nécessitant une prescription médicale, l’ordonnance reste obligatoire, en présentiel comme en télésoin.
Peut-on faire du télésoin pour un patient en EHPAD ?
Oui, sous conditions. Le télésoin peut s’appliquer aux patients en EHPAD si l’établissement dispose des équipements nécessaires et si les conditions habituelles (primo-consultation en présentiel, consentement, outil autorisé) sont remplies.
La majoration de nuit s’applique-t-elle en télésoin ?
Les majorations liées à la situation du patient (dépendance notamment) peuvent s’appliquer si les conditions habituelles sont remplies. En revanche, les majorations de déplacement (IFD, MAU, IFA) ne s’appliquent pas : pas de déplacement, pas d’indemnité.
Mon logiciel gère-t-il la facturation des séances de télésoin ?
Si votre logiciel est agréé par l’Assurance Maladie, oui. Dans Albus, vous saisissez votre acte de télésoin avec le bon code NGAP, et la feuille de soins électronique est générée comme pour n’importe quel autre acte. La revalorisation AMI de l’avenant 11 s’applique automatiquement à la date d’entrée en vigueur.



