Chaque novembre, la campagne Movember invite à braquer les projecteurs sur la santé des hommes. En France, les hommes vivent en moyenne six ans de moins que les femmes et consultent moins spontanément. L’infirmière libérale, présente au domicile, est souvent la première à pouvoir ouvrir la conversation.
- Le cancer de la prostate représente près de 60 000 nouveaux cas par an en France, le plus fréquent chez l’homme.
- 57 % des hommes reconnaissent avoir traversé un trouble psychique, mais seuls 31 % consultent un professionnel (Ifop, 2024).
- L’IDEL, présente au domicile, peut initier le dialogue là où le patient ne franchit pas la porte d’un cabinet.
Qu’est-ce que Movember et pourquoi ça concerne les IDEL ?
Né en Australie en 2003, Movember est devenu l’une des plus grandes campagnes mondiales de sensibilisation à la santé masculine. Chaque année, des centaines de milliers de participants dans une vingtaine de pays se mobilisent pour financer la recherche et la prévention autour des cancers masculins et de la santé mentale.
Pour une infirmière libérale, novembre n’est pas un mois comme les autres. Les hommes fuient le système de santé : ils consultent tard, minimisent leurs symptômes et parlent peu de leur état mental. L’IDEL qui les retrouve régulièrement à domicile occupe une position unique pour changer ça, au même titre qu’elle joue un rôle central auprès des personnes âgées isolées qui ne consulteraient pas sans elle.
Cancer de la prostate : ce que l’IDEL doit savoir
Avec environ 60 000 nouveaux cas par an, le cancer de la prostate est le cancer le plus fréquent chez l’homme en France et la troisième cause de mortalité par cancer masculin, selon Santé publique France. Son taux de survie à 5 ans atteint 93 % lorsqu’il est pris en charge tôt.
Il n’existe pas de dépistage organisé en France, contrairement au cancer colorectal ou du col de l’utérus. Le dépistage se discute au cas par cas avec le médecin traitant, généralement entre 50 et 75 ans, via un dosage du PSA et un toucher rectal. En cas d’antécédents familiaux (père ou frère atteint), ce suivi peut être envisagé dès 45 ans.
Le rôle de l’IDEL n’est pas de prescrire ni de diagnostiquer. Il est d’orienter : rappeler à un patient que ce suivi existe, qu’un rendez-vous chez son médecin traitant suffit pour en parler, et que plus le diagnostic est précoce, meilleur est le pronostic. Une prise de sang déjà prévue est souvent l’occasion idéale pour glisser ce rappel naturellement.
Cancer des testicules : un cancer du jeune homme à ne pas manquer
Moins connu, le cancer des testicules touche surtout les hommes de 15 à 35 ans, avec environ 2 300 nouveaux cas par an en France selon l’Institut national du cancer (INCa). Il représente une faible part des cancers masculins, mais son taux de guérison est excellent lorsqu’il est détecté tôt.
L’autopalpation mensuelle est le geste de prévention recommandé. Si vous avez des patients jeunes dans votre patientèle, notamment en post-hospitalisation ou en soins réguliers, intégrer ce rappel dans votre échange peut avoir un impact réel.
Santé mentale masculine : le tabou que l’IDEL peut briser
57 % des hommes reconnaissent avoir traversé un trouble psychique au cours de leur vie, mais seulement 31 % consultent un professionnel de santé mentale (Ifop, 2024). La barrière n’est pas l’absence de souffrance : c’est la difficulté à l’admettre et à demander de l’aide.
L’IDEL n’est pas psychologue. Mais elle est présente, régulière, et souvent perçue comme non-menaçante par des patients qui ne franchiraient pas la porte d’un cabinet de psychiatrie. Cette posture d’écoute, vous la connaissez déjà : c’est celle que vous adoptez naturellement dans l’accompagnement des patients en soins palliatifs. Movember est l’occasion de la déployer aussi pour des patients qui souffrent en silence.
- Nommer sans dramatiser : “Vous semblez fatigué ces derniers temps, comment vous sentez-vous ?” est une porte d’entrée simple.
- Ne pas insister ni forcer : un patient qui se ferme ne se rouvrira pas sur la même visite. Revenir à la prochaine.
- Orienter vers les bons interlocuteurs : médecin traitant, numéro national de prévention du suicide (3114) en cas d’urgence.
Pourquoi les hommes fuient-ils le système de santé ?
Comprendre le comportement de ses patients, c’est mieux les accompagner. Plusieurs facteurs expliquent ce recul masculin :
- La norme culturelle du “ça va aller” : admettre une faiblesse est encore vécu comme une perte de contrôle chez beaucoup d’hommes.
- Le manque de temps perçu : les hommes actifs rationalisent souvent un rendez-vous médical comme une perte de productivité.
- La peur du diagnostic : certains préfèrent ne pas savoir plutôt que d’avoir à affronter une mauvaise nouvelle.
- L’absence de symptômes visibles : les cancers de la prostate et les troubles anxieux ne font pas mal au départ, ce qui entretient le déni.
L’IDEL, en intervenant à domicile dans un cadre familier, contourne une partie de ces freins. Ce n’est pas un cabinet, ce n’est pas une urgence : c’est un espace neutre où la parole peut circuler plus librement. C’est d’ailleurs l’un des atouts que valorise le statut d’infirmière libérale : une relation de proximité dans la durée, impossible à construire à l’hôpital.
Movember en pratique : l’opportunité de chaque soin
La prévention ne s’improvise pas en fin de visite. Elle s’intègre dans le déroulé d’un soin déjà en cours, aux moments où le patient est disponible : pendant une prise de sang, un pansement, une surveillance de traitement. Ce sont ces quelques minutes calmes qui permettent d’aborder un sujet que le patient n’aurait jamais introduit lui-même.
Quelques repères selon le profil du patient :
| Profil | Signal à repérer | Ce que vous pouvez dire |
|---|---|---|
| Homme de 50 ans et plus, sans suivi récent | Aucun bilan depuis plusieurs années | “Vous avez déjà parlé du dépistage prostatique avec votre médecin ?” |
| Homme de 45 ans avec antécédents familiaux (père, frère) | Mentions spontanées d’un proche touché | “Dans ce cas on recommande d’en parler dès maintenant à votre médecin.” |
| Jeune homme de 15-35 ans | Aucune vigilance sur le sujet | “Le cancer des testicules touche surtout les hommes de votre âge, une autopalpation mensuelle suffit à surveiller ça.” |
| Patient masculin isolé, fatigué, fermé | Sommeil perturbé, repli progressif | “Vous dormez comment en ce moment ?” puis laisser de l’espace. |
Un mot sur la confidentialité : ce que le patient vous dit pendant le soin reste entre vous, sauf situation de danger imminent. Le rappeler en début de conversation peut lever les freins chez un homme qui craindrait que ses proches soient informés.
Et si vous souhaitez aller plus loin : des formations DPC existent sur la prévention et la détection des personnes en crise. Renseignez-vous auprès de votre URPS ou de votre conseil départemental de l’ONI pour les programmes disponibles dans votre région.
Questions fréquentes
L’IDEL peut-elle prescrire un dosage PSA ?
Non. La prescription du dosage PSA est médicale. Le rôle de l’IDEL est d’encourager le patient à en parler lors de sa prochaine consultation avec son médecin traitant, sans se substituer à lui.
Comment aborder la santé mentale avec un patient masculin récalcitrant ?
Commencez par l’observation du quotidien : sommeil, appétit, énergie. Ces entrées sont moins chargées émotionnellement que “comment vous sentez-vous moralement ?”. Un homme qui dort mal depuis plusieurs semaines peut plus facilement en parler qu’un homme “déprimé”.
Y a-t-il des formations spécifiques pour les IDEL sur la prévention en santé mentale ?
Oui. Des programmes DPC couvrent la détection des personnes vulnérables et l’écoute active. Renseignez-vous auprès de votre URPS ou de votre conseil départemental de l’ONI pour connaître les formations disponibles dans votre région.
Movember concerne-t-il aussi les hommes âgés ?
Absolument. Le cancer de la prostate touche surtout les hommes après 60 ans, et l’isolement social aggrave les risques pour la santé mentale. Vos patients les plus âgés sont souvent les moins entendus sur ces sujets, et votre dossier patient peut vous aider à garder une trace de ces échanges pour y revenir lors des visites suivantes.



