La prise de sang est l’un des actes les plus banals du quotidien infirmier. Et pourtant, sa facturation cache une règle que beaucoup d’IDEL ne connaissent pas : contrairement à la plupart des actes, la prise de sang se cumule à taux plein avec un autre soin réalisé lors du même passage. Une exception précieuse dans la NGAP, à condition de savoir l’appliquer correctement.
Cotation prise de sang IDEL : le tableau par type de prélèvement
| Type de prélèvement | Code | Jusqu’au 6/11/2026 | À partir du 7/11/2026 | À partir du 1/11/2027 |
|---|---|---|---|---|
| Prélèvement sanguin par ponction veineuse directe | AMI 1,5 | 4,73 € | 5,03 € | 5,18 € |
| Prélèvement veineux (patient sous BSI) | AMX 1,5 | 4,73 € | 5,03 € | 5,18 € |
| Prélèvement sur cathéter central ou chambre implantable | AMI 1 | 3,15 € | 3,35 € | 3,45 € |
| Prélèvement aseptique (ECBU, muqueuses, selles, urines) | AMI 1 | 3,15 € | 3,35 € | 3,45 € |
| Saignée seule | AMI 5 | 15,75 € | 16,75 € | 17,25 € |
| Saignée + prélèvement sanguin | AMI 5 + AMI 1,5 | 20,48 € | 21,78 € | 22,43 € |
Source : NGAP Ameli.fr. Tarifs métropole.
Le matériel pour une prise de sang à domicile
Avant de parler facturation, il y a le soin lui-même. Une prise de sang à domicile, ça se prépare. Dans votre valise, vous embarquez systématiquement :
- des tubes adaptés aux analyses prescrites (tube sec, EDTA, citrate selon les bilans)
- des aiguilles à ailettes ou des aiguilles droites selon les veines du patient
- un garrot, des compresses, un antiseptique
- des étiquettes patient et les bons de laboratoire
- un conteneur DASRI pour l’élimination du matériel piquant et tranchant
La logistique ne s’arrête pas là : les tubes prélevés doivent rejoindre le laboratoire dans des délais compatibles avec la conservation des échantillons. Certains bilans (coagulation, gaz du sang) tolèrent peu de délai. C’est une contrainte réelle du métier que la NGAP ne valorise pas directement, mais qui fait partie intégrante de l’acte.
La règle de cumul qui change tout
C’est l’exception à connaître absolument. En règle générale, quand deux actes sont réalisés lors du même passage, le second est facturé à 50 %. La prise de sang échappe à cette logique grâce à une dérogation explicite dans la NGAP : elle se cumule à taux plein avec un autre soin, quelle que soit sa nature.
Un exemple concret : Mme Martin a une prise de sang de contrôle et un pansement à réaliser le même matin. Vous facturez les deux actes à 100 %, sans réduction sur aucun des deux. Ce n’est pas le cas pour la majorité des combinaisons d’actes, où le second est systématiquement divisé par deux.
Deux précisions importantes :
- la dérogation vaut pour deux actes au maximum : si un troisième soin est réalisé lors du même passage, lui sera réduit de 50 %
- elle fonctionne aussi sous BSI, avec le code AMX à la place de AMI
Les prélèvements qui ne sont pas des prises de sang
Tout prélèvement n’est pas une prise de sang au sens NGAP. L’ECBU (examen cytobactériologique des urines), le prélèvement de gorge, de plaie ou de selles sont des prélèvements aseptiques qui relèvent d’une cotation différente et inférieure. La dérogation au cumul à taux plein ne s’applique pas à ces actes.
Même logique pour le prélèvement sur une voie centrale : quand le patient a un cathéter veineux central ou une chambre implantable (PAC), le prélèvement sanguin se réalise sans ponction directe, d’où une cotation moindre. La prescription doit explicitement mentionner la voie de prélèvement pour que la cotation soit opposable.
La saignée : un acte rare, une valorisation élevée
La saignée thérapeutique concerne essentiellement les patients atteints d’hémochromatose ou de polyglobulie. Elle est rare en pratique libérale, mais bien valorisée. L’acte comprend le prélèvement d’un volume défini de sang, avec surveillance de la tolérance du patient et contrôle de la tension avant et après le geste.
Sur le plan pratique, une saignée demande davantage de temps qu’une prise de sang classique : installation du patient, surveillance pendant le prélèvement, compression et repos post-acte. Le médecin prescripteur précise le volume à prélever et la fréquence des séances. Si la même séance comprend un prélèvement sanguin de contrôle, les deux actes se facturent en complément l’un de l’autre.
Ce qu’il faut vérifier sur l’ordonnance
Une prise de sang sans ordonnance valide ne peut pas être transmise à l’Assurance Maladie. Avant le prélèvement, vérifiez que la prescription comporte le nom et le numéro RPPS du prescripteur, la date de prescription, la nature des analyses demandées, ainsi que le nom et la date de naissance du patient. Pour un prélèvement sur voie centrale, la mention explicite de la voie est indispensable. Une ordonnance incomplète expose à un rejet de la feuille de soins, voire à un contrôle en cas de répétition.
La NGAP en vigueur depuis juin 2026 détaille l’ensemble des libellés applicables aux prélèvements infirmiers.
Questions fréquentes
Peut-on facturer une prise de sang sans avoir réalisé la ponction soi-même ?
Non. La cotation correspond à un prélèvement par ponction veineuse directe réalisé par l’infirmière. Si le geste a été effectué par une autre personne, l’acte ne peut pas être facturé par l’IDEL. La traçabilité dans le dossier de soins infirmiers est indispensable en cas de contrôle.
La prise de sang se cumule-t-elle avec une injection lors du même passage ?
Oui, et les deux se facturent à taux plein grâce à la dérogation à l’article 11B. Une prise de sang réalisée lors du même passage qu’une injection donne lieu à deux lignes de facturation à 100 %, sans réduction sur le second acte.
Que se passe-t-il si le patient est sous BSI au moment de la prise de sang ?
Le code change : on utilise AMX 1,5 au lieu de AMI 1,5. Le tarif reste identique (4,73 € jusqu’en novembre 2026), mais la codification doit correspondre au cadre BSI pour que la feuille de soins soit acceptée.
La majoration MAU s’applique-t-elle à une prise de sang seule ?
Oui. Si la prise de sang est le seul acte du passage, la majoration MAU s’applique. En revanche, si un autre soin est également facturé lors de ce même passage, la MAU ne s’ajoute pas.
Pour retrouver l’ensemble des règles NGAP qui encadrent votre facturation au quotidien, le guide complet de la cotation IDEL détaille chaque famille d’actes, des injections aux forfaits de dépendance.




