L’alimentation entérale à domicile concerne des patients souvent fragilisés : personnes âgées dénutries, patients neurologiques, sortants d’hospitalisation. L’infirmière libérale assure la mise en place de la nutrition, la surveillance pendant la séance et la vérification de la sonde ou de la stomie. Un rôle central, une cotation qui varie selon la voie utilisée, et une règle à connaître absolument quand le patient est sous BSI.
Cotation alimentation entérale IDEL : le tableau par voie d’administration
| Type d’alimentation entérale | Code | Jusqu’au 6/11/2026 | À partir du 7/11/2026 | À partir du 1/11/2027 |
|---|---|---|---|---|
| Gavage, déclive ou nutri-pompe (y compris surveillance), par séance | AMI 3 | 9,45 € | 10,05 € | 10,35 € |
| Voie jéjunale avec sondage de stomie (y compris pansement et surveillance), par séance | AMI 4 | 12,60 € | 13,40 € | 13,80 € |
Source : NGAP Ameli.fr. Tarifs métropole.
Ce que comprend concrètement une séance d’alimentation entérale
Le libellé NGAP est précis : l’AMI 3 couvre la nutrition elle-même, mais aussi la surveillance pendant toute la durée de la séance. En pratique, ça représente bien plus que de brancher une poche. À chaque passage, l’infirmière vérifie la bonne position de la sonde nasogastrique ou de la gastrostomie, contrôle la tolérance digestive du patient, s’assure que le débit est adapté, et surveille l’apparition éventuelle de complications : résidu gastrique, douleurs abdominales, nausées.
Pour la voie jéjunale avec stomie, l’AMI 4 inclut en plus le sondage de la stomie et le pansement du site. Un acte techniquement plus complexe, d’où le coefficient supérieur.
Le matériel à prévoir pour chaque séance :
- la poche de nutrition et le système de perfusion adapté (tubulure, filtre selon prescription)
- une pompe à nutrition si la prescription le prévoit (souvent fournie par le prestataire de santé à domicile)
- du matériel de rinçage pour la sonde (seringue, eau stérile ou eau du robinet selon le protocole)
- des gants et compresses pour l’entretien du site stomisé le cas échéant
- le dossier de soins à jour, avec la traçabilité des volumes instillés et de la tolérance
Deux passages par jour : deux séances, deux cotations
Beaucoup de patients sous alimentation entérale à domicile ont deux passages prescrits, l’un le matin et l’autre le soir. Chaque passage constitue une séance distincte et donne lieu à une cotation distincte : deux fois AMI 3, soit 18,90 € jusqu’en novembre 2026. Ce n’est pas un cumul d’actes au sens de l’article 11B, mais bien deux actes indépendants réalisés à des horaires différents.
Si lors d’un même passage vous réalisez l’alimentation entérale et un autre soin (pansement, injection), la règle classique de l’article 11B s’applique : l’acte le plus coté est facturé à taux plein, le second à 50 %.
Alimentation entérale et BSI : une incompatibilité à connaître
C’est le point qui génère le plus d’erreurs de facturation. Quand un patient est pris en charge dans le cadre d’un BSI (Bilan de Soins Infirmiers), les actes de nursing sont inclus dans le forfait. L’alimentation entérale, elle, ne l’est pas toujours selon le niveau de dépendance du patient et la composition du forfait. Mais dans certains cas, elle peut être absorbée par le BSI et ne plus se facturer séparément.
Avant de facturer une alimentation entérale chez un patient sous BSI, vérifiez précisément les actes inclus dans son forfait. Une double facturation expose à un rejet de la caisse et éventuellement à une demande de remboursement.
Le rôle de l’IDEL au-delà de la technique
L’alimentation entérale à domicile n’est tenable que si le patient et son entourage sont correctement accompagnés. La HAS recommande que l’infirmière participe à l’éducation du patient et de ses proches : manipulation de la pompe, reconnaissance des signes d’intolérance, entretien de la sonde. Ces temps d’éducation ne font pas l’objet d’une cotation spécifique dans ce cadre, mais ils font partie intégrante du soin et de la sécurité du patient à domicile.
L’IDEL est aussi souvent l’interlocutrice qui repère en premier un problème : obstruction de sonde, infection du site de stomie, dénutrition qui s’aggrave malgré la nutrition prescrite. La traçabilité dans le dossier de soins infirmiers est essentielle pour permettre un ajustement rapide par le médecin prescripteur.
Questions fréquentes
Peut-on facturer l’alimentation entérale si c’est la famille qui branche la poche ?
Non. La cotation AMI 3 correspond à une séance réalisée par l’infirmière, surveillance comprise. Si la famille gère l’alimentation de façon autonome et que l’IDEL n’intervient pas, l’acte ne peut pas être facturé. En revanche, si l’infirmière intervient pour contrôler la sonde, vérifier la tolérance et assurer la surveillance, même sans brancher elle-même la poche, la cotation reste applicable selon le libellé de la prescription.
La nutri-pompe et le gavage se cotent-ils de la même façon ?
Oui. Le libellé NGAP regroupe explicitement les trois modes sous un même code AMI 3 : gavage, déclive et nutri-pompe. La technique utilisée ne change pas la cotation, seule la voie d’accès (gastrique ou jéjunale avec stomie) fait la différence.
Que se passe-t-il si la sonde se bouche lors du passage ?
La gestion d’une complication lors de la séance est incluse dans le libellé de l’acte. Vous ne cotez pas un acte supplémentaire pour le débouchage de la sonde. En revanche, si la situation nécessite une intervention distincte à un autre moment de la journée (remplacement de sonde par exemple), ce passage peut donner lieu à une cotation séparée selon sa nature.
La majoration MAU s’applique-t-elle si l’alimentation entérale est le seul acte du passage ?
Oui. Si l’alimentation entérale est le seul acte facturé lors du passage, la majoration MAU s’ajoute. Dès qu’un deuxième acte est réalisé lors du même passage, la MAU ne s’applique plus.
Pour retrouver l’ensemble des règles NGAP qui encadrent votre facturation au quotidien, le guide complet de la cotation IDEL détaille chaque famille d’actes, des pansements aux forfaits de dépendance.





